Actualité sur le site www.sante-et-travail.fr

 

Reprendre la main sur le travail

François Desriaux, rédacteur en chef
Santé & Travail
n° 073 – janvier 2011

Près d’un quart des actifs occupés se disent gênés dans leur vie quotidienne par un problème chronique de santé « causé ou aggravé » par leur travail, selon une étude publiée en novembre (1). Comme l’on pouvait s’y attendre, ce ressenti douloureux affecte en premier lieu l’appareil ostéo-articulaire et la sphère psychique, sous forme de stress ou d’anxiété.

Même si les auteurs de l’étude affichent une grande prudence, en insistant sur le fait qu’il s’agit d’une enquête déclarative, ces chiffres confirment une tendance difficilement contestable. Et inquiétante. De nombreux salariés français souffrent dans leur chair et dans leur tête de leurs conditions de travail. Le problème n’est pas nouveau. Cela fait belle lurette que les gestes répétitifs, les contraintes de temps de plus en plus sévères, l’intensification du travail, l’absence de marges de manoeuvre sont connus pour générer les deux principaux fléaux de la santé au travail: les troubles musculo-squelettiques (TMS) et les atteintes psychiques. D’ailleurs, ceux-ci font l’objet depuis des années de tous les plans de mobilisation possibles et imaginables de la part des pouvoirs publics et des acteurs de la prévention.

Sauf qu’il faut bien se rendre à l’évidence: ça ne marche pas. Même le ministère du Travail, pourtant promoteur de l’obligation de négocier sur la prévention du stress dans les entreprises de plus de 1 500 salariés, déplore la pauvreté du contenu des accords signés entre les partenaires sociaux sur ce sujet. Les voeux pieux, les mesures d’accompagnement individuel et la reprise des obligations déjà inscrites dans le Code du travail ne sont pas de nature à changer le travail et à remédier aux causes profondes de ces désordres.

C’est dans ce contexte morose qu’il convient d’accueillir avec optimisme le résultat de la recherche-action menée par la CGT de Renault, précisément sur les risques psychosociaux, avec le cabinet Emergences et plusieurs chercheurs proches du réseau de Santé & Travail. Les militants syndicaux ont ouvert des chantiers sur plusieurs sites du groupe automobile, où ils sont allés à la rencontre du travail. Laissant de côté le discours global sur les dégâts de la mondialisation, quittant aussi leur posture de « sachants » venus prêcher la bonne parole aux salariés, ils se sont mis à l’écoute des difficultés que ces derniers rencontrent pour effectuer un travail de qualité. Ensemble, ils ont repéré ce que chacun met de lui-même dans son travail, la touche personnelle qui fonde son humanité et qui est bien souvent entravée par la standardisation imposée par l’organisation. Ensemble, ils en ont débattu, mettant au grand jour, dans l’espace public de l’atelier, du bureau ou du magasin, les contradictions qu’affrontent quotidiennement les salariés. Poursuivant la dynamique amorcée il y a quelques années par la CFDT avec « le travail intenable », les militants cégétistes n’ont pas promis de Grand Soir, mais ils ont permis à des salariés de reprendre la main sur leur travail, de retrouver une autorité collective face au discours du management. Et même d’amorcer, dans certains cas, une transformation. Une politique des petits pas indispensable pour retrouver du pouvoir d’agir.

(1) « Les pathologies liées au travail vues par les travailleurs », Dares Analyses n° 80, novembre 2010.

François Desriaux, rédacteur en chef
Santé & Travail
n° 073 – janvier 2011

 

Actualité sur le site www.sante-et-travail.fr dans Santé au travail 20090915_notes_f6a800 Notes

(1) « Les pathologies liées au travail vues par les travailleurs », Dares Analyses n° 80, novembre 2010.



Travailleurs en Europe

Un quart des travailleurs de l’Union européenne estiment que leur activité affecte leur santé

Paru sur le site www.viva.presse.fr le 7 décembre 2010

Entre 1990 et 2010, la population active est passée de 150 à 235 millions dans l’Union européenne, indique l’European Trade Union Institute (Etui) qui rapporte les premiers résultats de l’enquête « 20 ans de conditions de travail en Europe » publiés par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de travail. Un accroissement dû essentiellement à l’élargissement de l’Union, passée de 12 à 27 Etats membres et à un un taux d’emploi des femmes de plus en plus fort.
Si le taux d’emploi des hommes reste supérieur (75 à 80 %), celui des femmes a progressé de 13 points (de 50 % à 63 %).


A noter qu’entre 1991 et 2009, la proportion de travailleurs en contrat à durée déterminée (CDD) est passé de 10 % à 13,5 %. Une précarité accentuée par la situation économique : 16 % des travailleurs craignent de perdre leur emploi dans les 6 mois, mais ils étaient 39 % chez les salariés en CDD en 2010 et 53 % chez les travailleurs en intérim.

Le temps de travail diminue, son intensité augmente
Autre résultat de cette enquête : le temps de travail hebdomadaire continue de baisser. Plusieurs raisons à cela :
- la baisse du nombre de ceux qui travaillent plus de 48 heures par semaines (15 % en 2000, 12 % en 2007),
- la progression du travail à temps partiel – choisi ou contraint –avec 14 % des salariés qui font moins de 20 heures par semaine,
- la réduction du temps de travail par les négociations,
- le chômage partiel dû à la crise.
Les longues semaines de travail concernent plutôt les hommes (18 % d’entre eux font plus de 48 heures par semaine contre 8 % des femmes, premières touchées (20 %) par le travail à temps partiel.
Dans l’industrie, ces longues durées de travail concernent même 20 % des hommes.


L’enquête montre également que le travail s’est intensifié au cours des dernières années et au moins 60 % des travailleurs de l’UE travaillent fréquemment dans des « délais serrés ». pour 18 % d’entre eux, le rythme de travail est lié à la cadence de la machine. Autre forme d’intensification : 74 % des travailleurs doivent respecter des normes qualitatives.

Les deux-tiers des travailleurs font des mouvements répétitifs
84 % des travailleurs de l’Europe des 27 se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leurs conditions de travail, mais 25 % considèrent que leur activité professionnelle affecte négativement leur santé.
Les chiffres montrent que 33 % des travailleurs portent des charges lourdes pendant au moins un quart de leur temps de travail. 23 % sont exposés à des vibrations, près de la moitié des travailleurs (46 %) ont des « postures fatigantes et douloureuses » au travail. Pratiquement les deux-tiers effectuent des mouvements répétitifs des mains et des bras durant leur travail.


Pèsent également sur la santé l’exposition au bruit (30 % des travailleurs y sont exposés plus du quart de leur temps de travail), les fumées ou poussières (respirées par 15 % des salariés, le contact avec des substances infectieuses (11 %)…
Ce sont d’abord bien sûr les ouvriers, plus exposés, qui estiment que leur santé et leur sécurité sont menacées par leurs conditions de travail.

P.S. Cette enquête a été réalisée entre janvier et juin 2010 auprès de 43 816 travailleurs actifs des 27 Etats membres de l’UE plus la Norvège, la Turquie, l’Albanie, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo.



Le formaldéhyde bientôt classé comme cancérogène de catégorie 1 ?

Paru le 30/11/2010 sur le site www.viva.presse.fr

Le formaldéhyde bientôt classé comme cancérogène de catégorie 1 ?

La France a demandé le classement du formaldéhyde en catégorie 1 de la liste européenne des cancérogènes. La demande a été soumise à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).
Le produit est actuellement classé en catégorie 3, celui des substances « préoccupantes pour l’homme, en raison d’effets cancérogènes possibles, mais pour lesquelles les informations disponibles ne permettent pas une évaluation satisfaisante ».
Si le comité de l’ECHA prenait la demande en considération, le formaldéhyde serait considéré comme « substance que l’on sait être cancérogène », ainsi qu’il est déjà considéré par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui estime que l’usage de ce produit est lié à des cancers nasopharyngien et des sinus, et présente un risque pour la leucémie.
Les conditions d’utilisation devraient alors être durcies et le niveau de protection des travailleurs exposés revu à la hausse. Mais cela prendra des mois et des mois.
Le formaldéhyde est surtout utilisé dans la production de résines, de colles et de liants en papeterie, dans le bois, les isolants (laine de roche et laines de verre), les revêtement, le textile et la chimie… En Europe, un million de travailleurs ont un risque d’exposition aux effets du formaldéhyde.

En savoir plus :
http://hesa.etui-rehs.org/fr/newsevents/news.asp

La fiche Formaldéhyde de l’INRS :
www.inrs.fr



Médecine du travail : chronique d’une mort annoncée

Paru le 3/12/2010 sur le site http://www.viva.presse.fr

Médecine du travail : chronique d’une mort annoncée

Non seulement il n’y aura pas de grande réforme de la médecine du travail, alors qu’elle avait été annoncée par le gouvernement, mais les mesures contenues dans la loi sur les retraites semblent bien signer la mort de la profession.

Début septembre, le gouvernement a adopté un amendement à un article de loi sur la réforme des retraites, dans le cadre du volet sur la pénibilité, qui transfère les missions du médecin du travail aux services de santé au travail. Et place ces missions sous l’autorité des directeurs de ces services, c’est-à-dire des employeurs, lesquels doivent également «  désigner la ou les personnes compétentes dans l’entreprise pour s’occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels  ».

En outre, le médecin du travail n’est plus chargé d’une mission préventive de veille et d’alerte, mais de celle plus générale d’accompagnement des salariés. Jusqu’ici, bien que salariés de services de santé au travail gérés par des associations dont les conseils d’administration sont composés aux deux tiers d’employeurs, les médecins du travail étaient «  protégés  » par le Code du travail, leur indépendance étant garantie par les textes. Ils risquent de la perdre. «  Aujourd’hui, les médecins définissent leurs missions en fonction de ce qu’ils jugent prioritaire, sans se soucier des préférences des employeurs  », précise le Dr Mireille Chevalier, secrétaire générale du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (Snpst). Les députés PC, PS et Parti de gauche ont dénoncé cet amendement, à l’instar des syndicats de salariés, de médecins du travail et d’associations. Même le Conseil de l’ordre des médecins a protesté, y compris contre l’absence de concertation préalable au texte. La Fnath et l’Andeva  [1] ont également dénoncé le dépôt «  en catimini  » de cet amendement par l’Ump alors que l’on attendait une grande réforme de la médecine du travail. «  Le gouvernement […] s’apprête à supprimer un des contre-pouvoirs qui pouvait, dans l’entreprise, faire valoir des arguments médicaux […] du fait de mauvaises conditions de travail. […] Ce projet est totalement à contre-courant des conclusions des nombreux rapports récents  », lit-on dans leur communiqué commun.

Tout le monde pourtant reconnaît l’urgence de trouver des solutions. Les troubles musculo-squelettiques explosent  : 78 % des maladies professionnelles déclarées en 2007. La souffrance au travail a des conséquences dramatiques, pouvant conduire au suicide. Les cancers professionnels sont largement sous-estimés et bon nombre de salariés (précaires, intérimaires… mais aussi certains fonctionnaires  !) échappent à tout suivi médical.

1 2 >> Lire la suite

-  [03.12.10]   Karine Pollet

[1] Fnath  : Association des accidentés de la vie. Andeva  : Association nationale de défense des victimes de l’amiante.

Quelques dates clés

La loi du 11 octobre 1946 institutionnalise la médecine du travail, destinée à «  éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail  », et en confie le financement aux employeurs.

La loi du 9 août 2004 affirme (article 2) que la politique de santé publique relève de la responsabilité de l’Etat et qu’elle s’applique à la santé au travail. Cette réforme contribue, par la création des services de santé au travail, à faire évoluer la médecine du travail en «  culture de la promotion de la santé en milieu du travail  ». Mais c’est aussi à cette période que la charge de travail des médecins (nombre de salariés et d’établissements suivis) augmente de 30 %  !

Le 11  septembre 2009, tous les syndicats de salariés (Cgt, Cfdt, FO, Cfe-Cgc, Cftc) refusent le projet gouvernemental de réforme de la médecine du travail.

Le 8  septembre 2010, présentation à l’Assemblée nationale de l’amendement 730 à l’article 25 de la réforme des retraites.



Cancers professionnels : des propositions pour mieux prévenir

Cancers professionnels : des propositions pour mieux prévenir

Mise en ligne : 25 novembre 2009

Les propositions du colloque « Prévenons les cancers professionnels » Le colloque « Prévenons les cancers professionnels » organisé par l’INRS, l’AFSSET, l’INVS et une dizaine d’autres partenaires*, les 18, 19 et 20 novembre 2009, a élaboré une texte regroupant les propositions du Comité scientifique du colloque. Ces propositions s’articulent en 4 axes :
- un renforcement de la politique d’information sur les risques,
- le repérage, la suppression et la substitution des produits cancérogènes,
- une action renforcée en direction des TPE et des PME,
- une meilleure prise en compte des activités connexes à la production : maintenance, nettoyage, etc.

Sur la politique d’information sur les risques, le Comité scientifique propose d’agir à travers la formation professionnelle initiale, « au cours de laquelle aucune formation sur les risques cancérogènes n’est jusqu’à présent dispensée ».
A l’autre bout de la vie professionnelle, il retient l’idée de « la mise en place, à l’âge de 50 ans, d’une visite bilan des risques professionnels ».

Pour ce qui est du repérage et de la substitution des produits cancérogènes, les propositions sont de maintenir un haut niveau de vigilance sur les produits de remplacement, de veiller à ce que les mesures de suppression et de substitution – qui doivent être poursuivies – soient « accompagnées de façon à emporter l’adhésion des utilisateurs », gage d’une meilleure efficacité des mesures prises.

Pour les PME et TPE,le Comité scientifique conste qu’il « paraît difficile pour certaines de ces moyennes, petites, voire très petites entreprises de parvenir à une maîtrise suffisante des techniques de production pour supprimer toute exposition à des cancérogènes ». Il propose par exemple que « les études de substitution / suppression peuvent être conduites » au niveau des donneurs d’ordre à ces petites entreprises.

Enfin, il faut mieux prendre mieux en compte les activités « connexes », distinctes du cœur de métier de l’entreprise : maintenance, nettoyage, logistique… Des taches externalisées, confiées à des travailleurs « nomades » et/ou précaires, « potentiellement exposés à de multiples polluants provenant soit du procédé sur lequel ils interviennent, soit des techniques qu’ils mettent eux-mêmes en œuvre ». Tâches invisibles, travailleurs invisibles : ce n’est qu’avec « une action volontariste de remise en visibilité de ces métiers qu’on peut faire fonctionner une prévention des risques efficace », conclut le Comité.

Le texte du Comité scientifique est en ligne sur le site annuaire-secu.com :
Des propositions pour l’action

Nos articles précédents :
INRS : les cancers professionnels décortiqués
« Prévenons les cancers professionnels » : le colloque
Poussières de bois : un risque cancérogène pratiquement nié
Des cancers professionnels trop rarement reconnus

P.S. * Les partenaires :
- Ministère chargé du travail
- Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset)
- Caisse nationale de l’Assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS)
- Régime social des indépendants (RSI)
- Mutualité sociale agricole (MSA)
- Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL)
- Institut de veille sanitaire (InVS)
- Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)
- Institut national du cancer (INCA)- Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P) – Association médecine et santé au travail de Lille (AMEST)

 

 

Cancers professionnels : des propositions pour mieux prévenir dans Cancers professionnels pdf nantescrcolloque.pdf

 



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